samedi 21 janvier 2012

Joao César Monteiro ressuscité par Trafic

 
Da3i jamâlaki yachi33ou
(laisse ta beauté irradier)
 

Parmi les trésors que recèle l’enfance, il est des pépites sur lesquelles on tombe au détour d’un événement impromptu et qui nous procurent une joie équivalente à une jouissance cérébrale. Ma tante Najla par exemple, la sœur de ma grand-mère maternelle, originaire de 7aret 7reik dans la banlieue de Beyrouth, venait nous voir régulièrement à Ras el Nabe3 lorsque nous n’allions pas nous-mêmes chez elle. Elle avait toujours quelque chose pour nous gâter, des cornets de na33oumé (pois-chiches pilés avec du sucre), du sekkar nabet (bonbons de sucre non raffiné) ou du Ghazl el banât (du filage de jeunes filles comme on appelle chez nous la barbe à papa). Toujours des douceurs en somme. Mais on atteignait des sommets lorsqu’elle nous installait sur une natte autour d’elle et qu’elle décortiquait des grenades du jardin. Elle égrenait pour nous ce fruit totalement inconvenable et de temps en temps nous tendait un « dîk » (un coq), un bloc de graines encore agglutinées autour d’une peau intérieure jaune et amer. On pouvait mordre dedans pour en faire couler le jus dans la bouche, sur le menton et les doigts. Depuis ce temps, je sais qu’éclater et égrener une grenade pour quelqu’un est un pur geste d’amour.Le même geste accompli par Joao César Monteiro dans les « Noces de Dieu » pour montrer à Joana, une de ses « petites amoureuses », la manière idéale de déguster ce qui pour certains est la vraie pomme d’Adam et Eve. Tout cela pour dire qu’une étoile filante de la galaxie cinéma, un collectionneur de poils pubiens féminins est de retour de l’au-delà, ramené par la revue Trafic. Dans le numéro quatre-vingt consacré à vingt films pour les vingt ans de la revue, Marcos Uzal évoque, lui, le « Bassin de J.W. » et reprend la définition que donne Serge Daney des « mauvais sujets » qui apprécient « La comédie de Dieu » ou les « Souvenirs de la maison jaune » (l’asile psychiatrique de Lisbonne) : des cinéphiles incompréhensibles, socialement imprésentables et médiatiquement aberrants             

PS : Toujours à propos de cinéma, la joie procurée par « Beirut Hotel » de Danielle Arbid. Enfin un vrai film arabe moderne, réalisé par une vraie cinéaste, avec de vraies images et interdit à Beyrouth comme il se doit sous le prétexte hypocrite et fallacieux qu’il évoque l’affaire Hariri, alors qu’il s’agit tout simplement d’un polar d’amour racontant l’histoire d’une femme arabe libre. En diffusant ce film, Arte a en tout cas prouvé à ses censeurs que leur avenir était désormais derrière eux.
PS (bis) : Pur hasard du collage, cf ci-dessous celui de Max Bucaille.

vendredi 6 janvier 2012

Il Sole 24 ore


Vox clamantis in deserto

Plus fort que l'hirondelle Obama, l'Ortolan qui semble bien vouloir faire, lui, "le printemps en plein Sahara". Les moteurs chauffent pour un retour au Levant sitôt le soleil levé sur les esprits et les corps. Sitôt qu'une paire de fesses comme celle du Castor pourra être publiée à la Une de la presse sans que les peuples se tordent d'indignation, se suicident de dégoût et tuent pour purifier. Peuples du Levant et du Couchant encore un effort si vous voulez voir fleurir le désert.

lundi 26 décembre 2011

Aliaa Magda Elmahdy 2 / Printemps arabe 9


La Nouvelle Pharaonne d'Oum el dunia


Pour saluer le franchissement des cinq millions

lundi 21 novembre 2011

Aliaa Magda Elmahdy / Printemps arabe 8


Pour accompagner la relance égyptienne
qui rattrape le temps perdu en faisant Mai 68
dans la foulée de 89...1789 Alf mabrouk

Son nom même la prédestinait à devenir la première et vraie icône «vivante» du printemps arabe. Alia signifiant élevée, Magda la glorieuse et al Mahdi tout autant « le bien guidé » que le messie, elle ne pouvait qu’illuminer de sa beauté le tunnel noir rouge de sang d’une saison virant au cauchemar.
C’est elle qui donne visage et corps, combien magnifiques, à une éclosion que plus personne n’attendait, celle d’une révolution sexuelle dans la révolution. Car sans la liberté de jouir « sans entraves » le processus révolutionnaire ne sera pas inachevé mais confisqué.
Et cela Alia l’a bien compris du haut de son nom, de la pureté de sa jeunesse et de sa soif de vivre. Elle évoque dans son message les modèles qui posaient nus au début des années 70, ces mêmes années (c’est à dire il y a quarante ans) où les jeunes « révolutionnaires » libanais, abreuvés de Karl Marx, Sigmund Freud ou Wilhelm Reich rêvaient d’une révolution qui les débarrasserait, en même temps que de leur dirigeants politiques corrompus par le fric, le confessionnalisme, le clientélisme et le tribalisme, de la masse d’hypocrites en soutanes ou en turbans qui prétendaient règlementer leur vie jusque dans leur culotte.
De toute évidence, le temps est venu de balayer à la fois tyrans en brodequins et religieux attardés. Et la seule chose qui pouvait faire disjoncter leur ordre archaïque était de leur montrer un corps nu tel qu’ils le désirent mais qu’ils ne savent qu’interdire.
Entrée de plain pied dans la galaxie de la grande surréaliste égyptienne Joyce Mansour, Alia Magda Al Mahdi va encore plus loin que ses sœurs Joumana Haddad, Darina Al Joundi, Salwa Al Noueimi, Lamia Ziadé qui avaient jusque là réussi à libérer la langue.
A son corps défendant elle libère aussi les yeux, la tête et l'esprit et vient rappeler à tous les bigots frustrés et obscurantistes que la femme est non seulement l’avenir de l’homme mais aussi son origine. Si autre chose qu’être couverte de gloire et de fleurs devait lui arriver, ce serait une grave atteinte à l’humanité même.

mardi 4 octobre 2011

Walter Benjamin / Benjamin Fondane / Carl Einstein


Le bal des fantômes

Walter ( benjamin ) fondane
Voilà ce que j'ai trouvé pour signaler le retour de deux compagnons d'esprit réunis en un seul et même nom par une entourloupe toute Benjaminienne. Un collage qui contient tous les ingrédients pour dire de quelle manière ces deux grands disparus, Walter Benjamin (en 40) et Benjamin Fondane (en 44) sont revenus (mais sont-ils jamais loin) rôder autour du parc Montsouris. 
"Avec Benjamin Fondane au delà de l'histoire" (Mars 2011) on redescend en rappel dans le gouffre sans fond de l'opération identification du poète de la rue Rollin par Monique Jutrin. De retour d'une immersion quasi-cathartique dans les manuscrits pour "saisir sur le vif une pensée en perpétuel mouvement", elle livre les secrets de fabrication de Fondane. "Collages sans fin", "fragments refaits" écrit-elle à propos de la construction d'Ulysse, la démarche type de ceux qui ne sauraient se contenter de la raison.
Même retour salutaire de Walter Benjamin. Deux ans après le surgissement de Benjamin Fondane au Mémorial de la Shoah, une exposition au Musée d'art et d'histoire du judaïsme (12.10.11 au 05.02.12) invite à une plongée dans les archives de l'essayiste berlinois. De l'exploration des carnets et manuscrits du magicien des fragments, les auteurs du catalogue "Walter Benjamin. Archives" rapportent une méthode : 
"Le mode de travail de Benjamin est marqué par les techniques de l'archivage, de la collecte et de la fabrication. Extraire, transférer, découper, monter, coller, pourvoir d'un sigle ou opérer un tri semblent chez lui des activités d'écrivain innées. L'inspiration s'enflammait devant l'abondance des matériaux. Images, documents et perceptions livraient leur secret au regard en profondeur. Benjamin s'intéressait à l'à-côté. Il aimait la pensée sur les marges pour pénétrer de là jusqu'au milieu; il employait volontiers le terme "architectural". Sa capacité d'immersion et d'ouverture aux associations lui faisait découvrir l'essentiel dans le détail. Les fragments s'articulaient les uns aux autres en une formation nouvelle, dont le chercheur faisait quelque chose d'inimitable".

PS: Cerise sur sur le gâteau de ce bal automnal, le 5 octobre sort enfin en librairie, (traduit par Lilianne Meffre et Maryse Staiber et publié par Jacqueline Chambon), " L'art du XXe siècle" de Carl Einstein,  cet autre grand disparu (en 40) et troisième larron de la bande des esprits absolument, irréductiblement et fatalement libres.

dimanche 4 septembre 2011

Retour au Zango


 à Amal Morin
Décollage en collures
Décollage, par respect de l'esprit du lieu dédié au voyage tant par les prunelles que par les papilles et en continuité avec le précédent "Voyage en décollage" de 2007.
Les collures, c'est une toute autre histoire. A l'origine, il s'agit d'un mot utilisé au cinéma en montage, mon beau souci (sic), pour désigner les points de jonction de deux fragments de pellicule. Ici, il s'agit, compte tenu des matériaux utilisés, de la fusion des deux mots : collages et gravures, renvoyant in fine à la formule du cinéaste russe arménien Paradjanov pour qui le collage est un film compressé et rejoignant ainsi le sens premier du mot. Bon voyage en collages de gravures.

lundi 15 août 2011

Le printemps arabe 7 / Le printemps israélien 1


La Repubblica al Quds

Ni céleste, ni terrestre. Ni hébraïque, ni arabe. Ni juive, ni chrétienne, ni islamique. Mais tout simplement une Jérusalem républicaine laïque et libre où tous les débats et ébats seraient possibles. Où toutes les hypothèses de travail seraient admises, y compris celle de couler la ville trois fois sainte sous un gigantesque dôme de plexiglas pour neutraliser les ondes monothéistes névrotiques et suicidaires qui s'en dégagent. 
On pourrait dans ce cas envisager l'établissement de couloirs transparents pour permettre aux citoyens venus des quatre coins de la République Planétaire de circuler d'un quartier à l'autre, de refaire même, s'ils le souhaitent, le chemin de croix jusqu'au Golgotha, mais sans se faire crucifier avec de vrais clous comme certains le font de par le monde, afin de se rendre compte de l'arnaque que les religieux à papillotes, en soutanes ou en turbans entretiennent depuis des siècles prenant les simples d'esprits en otages en leur promettant le paradis.
Comme cela, plus personne ne voudra verser son sang pour cet amas de vieilles et belles pierres rassemblées au hasard, plus personne n'ira se faire sauter au milieu d'autres personnes au prétexte de vouloir libérer les lieux saints. 
Comme cela les dirigeants du coin se préoccuperont peut être plus de répondre à l'appel qui s'y fait entendre en ce moment, en arabe dans le texte à Tel Aviv, "acha3b yourid 3adala ijtima3iyya", le peuple veut la justice sociale, seule garante d'une coexistence pacifique entre les hommes, loin des boucheries qui saignent les habitants de la région depuis si longtemps. Cela mettrait peut-être fin à son statut de ville-vampire s'abreuvant du sang de ses enfants. 
PS : Autre hypothèse si les soulèvements arabes et israélien tenaient leurs promesses on pourrait aussi rebaptiser ce collage "Hôtel de l'Univers", du nom de l'hôtel où résidait Rimbaud à Aden, et dans lequel Barack Obama, hirondelle inspiratrice de ces printemps tant attendus, aurait une suite permanente.