mercredi 4 novembre 2009

L'actu Lautréamont


Les ailes d'Isidore Ducasse

"Plût au ciel que le lecteur, enhardi et devenu momentanément féroce comme ce qu’il lit, trouve, sans se désorienter, son chemin abrupt et sauvage, à travers les marécages désolés de ces pages sombres et pleines de poison ; car, à moins qu’il n’apporte dans sa lecture une logique rigoureuse et une tension d’esprit égale au moins à sa défiance, les émanations mortelles de ce livre imbiberont son âme comme l’eau le sucre. Il n’est pas bon que tout le monde lise les pages qui vont suivre ; quelques-uns seuls savoureront ce fruit amer sans danger. Par conséquent, âme timide, avant de pénétrer plus loin dans de pareilles landes inexplorées, dirige tes talons en arrière et non en avant. Écoute bien ce que je te dis : dirige tes talons en arrière et non en avant, comme les yeux d’un fils qui se détourne respectueusement de la contemplation auguste de la face maternelle ; ou, plutôt, comme un angle à perte de vue de grues frileuses méditant beaucoup, qui, pendant l’hiver, vole puissamment à travers le silence, toutes voiles tendues, vers un point déterminé de l’horizon, d’où tout à coup part un vent étrange et fort, précurseur de la tempête. La grue la plus vieille et qui forme à elle seule l’avant-garde, voyant cela, branle la tête comme une personne raisonnable, conséquemment son bec aussi qu’elle fait claquer, et n’est pas contente (moi, non plus, je ne le serais pas à sa place), tandis que son vieux cou, dégarni de plumes et contemporain de trois générations de grues, se remue en ondulations irritées qui présagent l’orage qui s’approche de plus en plus. Après avoir de sang-froid regardé plusieurs fois de tous les côtés avec des yeux qui renferment l’expérience, prudemment, la première (car, c’est elle qui a le privilége de montrer les plumes de sa queue aux autres grues inférieures en intelligence), avec son cri vigilant de mélancolique sentinelle, pour repousser l’ennemi commun, elle vire avec flexibilité la pointe de la figure géométrique (c’est peut-être un triangle, mais on ne voit pas le troisième côté que forment dans l’espace ces curieux oiseaux de passage), soit à bâbord, soit à tribord, comme un habile capitaine ; et, manœuvrant avec des ailes qui ne paraissent pas plus grandes que celles d’un moineau, parce qu’elle n’est pas bête, elle prend ainsi un autre chemin philosophique et plus sûr."

Les Chants de Maldoror - Chant premier


dimanche 1 novembre 2009

Terra Santa ou terra maudita


Deux solutions possibles face à la situation d'urgence au Proche-Orient.
1) A la manière Magrittienne des "Amants" impossibles qui finissent par y parvenir
2) A la manière de Walter Benjamin et Carl Einstein jouant à essayer de remettre le cerveau dans le crâne.

jeudi 29 octobre 2009

Pourquoi et comment je colle ?

Journaliste, cycliste, collagiste-allégoriste, je suis aussi flâneur et glaneur par nature, tombé par inadvertance dans le collage il y a une vingtaine d’années. Au hasard de mes longues marches entre musées, librairies et salles de cinéma, j'ai commencé par mettre mes pas dans ceux de Dada (Raoul Haussman, Hannah Hosch, Kurt Schwitters et bien d’autres), avant d’enfourcher le mien.
Après des années de copillage sauvage, je me suis mis à fabriquer ma propre matière, en images, en assemblages et en personnages pour donner libre cours à mon constant jardinage. Adepte d’une écriture automatique au doigt et à l’œil, au cutter et à la colle, j'use du collage, ce film compressé selon la formule du cinéaste collagiste russe arménien Sergueï Paradjanov, pour extraire la pierre de la  « folie en tête ».  
Parmi les chemins de traverse, caractéristiques de cet art pirate, j'ai pris le sentier de la gravure et effectué un travail que j'assimile à de la sculpture de nuages. Sur les traces de deux grands Max, Bucaille et Ernest, je viens de réaliser  la « Série Gravures », selon une technique qu’on pourrait dire de  la ligne claire en collage, associant gravures et gravures, gravures et photos voire peintures, pour le plus grand plaisir de créer et recréer.

mercredi 21 octobre 2009

Après moi le déluge

mardi 20 octobre 2009

Cadavre exquis Montsouris

Le parc Montsouris c'est le domaine
où je promène mes anomalies
où j'm décrasse les antennes
des mesquineries de la vie...

(Parc Monsouris. Jacques Higelin)

samedi 17 octobre 2009

Dadachemax

 
"Mes livres sont des collages" 

Vous faites au moins une exception dans votre rejet de la peinture contemporaine, puisque vous dites, dans un des textes de Regard éloigné, que vos livres sont construits comme des collages de Max Ernst.

Oui, c’est une similitude dont je me suis aperçu après coup. J’ai toujours beaucoup aimé la peinture de Max Ernst, et nous avons d’ailleurs été très liés au temps de New York. Nous formions une bande à quelques-uns. Il y avait Breton, Tanguy, Masson, Ernst… Mais c’était de ce dernier que je me sentais le plus proche, c’est lui qui m’intéressait le plus. Je crois qu’existait entre nous deux une analogie dans la démarche intellectuelle.

Claude Levi-Strauss (entretien de 1983 avec Didier Eribon publié dans Libération du 04/11/09)

jeudi 15 octobre 2009

Le cordonnier d'Ephèse

            
 
"Un pied la largeur du soleil"
                                           (Fragment d'Héraclite l'Obscur)

   

mercredi 14 octobre 2009

Felouque sur le Nil

mercredi 9 septembre 2009

Benjamin Fondane ou les petits juifs accrochés à l'air

C’est à vous que je parle, hommes des antipodes,
je parle d’homme à homme,
avec le peu en moi qui demeure de l’homme,
avec le peu de voix qui me reste au gosier,
mon sang est sur les routes, puisse-t-il, puisse-t-il
ne pas crier vengeance!
L’hallali est donné, les bêtes sont traquées,
laissez-moi vous parler avec ces mêmes mots
que nous eûmes en partage –
il reste peu d’intelligible!

Préface en prose. Benjamin Fondane

On entre en collage comme en écriture, par effraction

On entre en collage comme en écriture, par effraction. Par une nuit sans lune, on s’avance hors des voies tracées un cutter à la main et on taille en pièces la représentation du réel telle qu’elle est donnée à voir. Puis, avec un tube de colle on s’amuse à en recomposer d’autres plus seyantes, plus belles ou plus moches, plus tartes ou plus percutantes, en couleurs ou en noir et blanc, ou les deux mon général, en photos ou en gravures, ou les deux mon colonel, mais on colle.
On colle des images de pensées telles qu’elles se font dans l’œil, bien avant que le cerveau ne saisisse. On colle pour l’ivresse que ces agencements multiples de fragments et de sens nouveaux qui en émanent, procurent. On colle en état de transe, en apesanteur entre réel et virtuel. On fusionne les espèces et les genres. On amalgame peinture et écriture, photographie et cinématographie, philosophie et poésie, d’où les appellations possibles de ceux que démange le démon du collage: collagistes, poésophes, allégoristes ou taxidermistes. Ils sculptent, dissèquent, équarrissent, œuvrent au plus près des articulations de tous ces langages pour réussir à fabriquer chacun le sien tout en étant compris par tous.
C’est ainsi que j’en suis venu à coller en flux continu comme on écrit son journal de navigation dans l’existence. J’ai dans mon sillage deux livres, « la poésie doit être faite par tous » et son corollaire « Epiphanie ».
Des séries sur mes fréquentations, Benjamin Fondane, Walter Benjamin et Carl Einstein et plus récemment la «Série gravures» qui comporte des sous séries « Dadachemax », « Al Akhbar » (les nouvelles en arabe) ou « Photogravures ». Il y a aussi, toujours en cours,ce fameux monologue intérieur qui n’a cessé de prendre de l’ampleur au point de devenir ce qu’il est, un « Autoportrait in progress », mon Merzbau et ma Sagrada Familia à la fois. Un édifice, fait de bric et de broc selon les états d’âme et les conditions atmosphériques, abritant un personnage déambulatoire, insaisissable, à géométrie de faciès variable et à personnalités pluri-dimentionnelles. La romance perpétuelle, le roman des origines constamment remanié, retravaillé, pour dire l’écoulement des mots et des choses.